Laïcité et "vivre ensemble"

, par  Emancipation 83

Ci-dessous un article publié dans le journal de mars 2015 de la FSU 83, sur le thème "Laïcité et vivre ensemble".

Laïcité et "vivre ensemble"

Le "vivre ensemble" est souvent invoqué depuis les assassinats à Charlie Hebdo et au magasin casher de Vincennes. Cela constitue en effet un impératif dans un pays divers, largement façonné par les brassages d’individus d’origines très différentes. Encore faut-il que cette dimension s’applique concrètement dans la réalité.
En effet, comment croire au vivre ensemble quand on habite dans les quartiers de relégation sociale, quand on fait partie des 5,2 millions de chômeur/e/s, quand 8,6 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté (dont 2,6 millions d’enfants, soit un enfant sur cinq), quand patron/ne/s et nanti/e/s pratiquent l’évasion fiscale et vivent dans l’entre-soi social, quand le gouvernement refuse d’augmenter minima sociaux et SMIC tout en faisant des cadeaux au MEDEF, quand l’Etat diminue les dotations aux collectivités locales ?
Les mesures proposées par le gouvernement pour le "vivre ensemble" semblent privilégier un catéchisme républicain et une optique autoritaire et sécuritaire si l’on en croit F. Hollande : "C’est en renforçant l’autorité du maître qu’on fera partager les valeurs républicaines" . Au demeurant, « la grande mobilisation » décrétée par Manuel Valls le 22 janvier débouche sur 250 millions € en trois ans pris sur des crédits gelés. Dans le système scolaire, l’utilisation d’un "esprit du 11 janvier" a servi à enjoindre au respect de "valeurs républicaines", à arrêter/convoquer des enfants ou des adolescent/e/s, à mettre en cause des enseignant/e/s dans la conduite des activités pédagogiques.

Laïcité, es-tu là ?
Tout le monde semble aujourd’hui se revendiquer pour la laïcité comme condition du "vivre ensemble", mais certain/e/s l’adaptent pour servir des fins très différentes. Par exemple en ciblant les populations immigrées et issues de l’immigration, assimilée à leur appartenance religieuse avérée ou supposée, dans une logique discriminatoire ; c’est ainsi qu’il faut comprendre la proposition de loi sur les signes religieux dans les crèches privées, ou encore les propos sur la possibilité d’interdiction du voile à l’université.
Dans le même temps, d’autres – et parfois les mêmes – proposent de mettre en cause les lois laïques de séparation des Eglises et de l’Etat : il s’agit de développer progressivement une logique concordataire, pour faire jouer aux religions un rôle de pacification sociale notamment dans les zones populaires les plus touchées par le retrait des services publics et l’explosion de la pauvreté et de la précarité. C’est ainsi qu’ils proposent de développer le financement d’écoles privées sous contrat musulmanes, la volonté de faire former par l’Etat les imams, etc.
Enfin les forces les plus réactionnaires de la société, au premier rang desquelles le Front National poursuivent leurs offensives, multiplient les initiatives homophobes et sexistes particulièrement autour de l’école publique. Les représentants des religions se sont exprimés contre la possibilité pour les personnes en fin de vie de maîtriser leur destin lors des débats parlementaires sur la loi à ce sujet, et viennent, ou contre la suppression du délai de réflexion imposé aux femmes souhaitant avoir recours à l’IVG. De même, l’évêque aumônier aux armées (rappelons que les aumôniers militaires sont payés par l’argent public) n’hésite pas à écrire dans le dernier numéro de la revue dont il est responsable : "L’idéologie islamique vient de faire 17 victimes en France. Mais l’idéologie de la bienpensance fait chaque année 200 000 victimes dans le sein de leur mère. L’IVG devenue droit fondamental est une arme de destruction massive. Alliés pour la France avec d’autres, nous devons faire front contre les attaques terroristes explicites. Mais, pour autant, nous ne devons pas cautionner les folies de l’euthanasie, du mariage pour tous et autres caricatures de Charlie-Hebdo".
Défendre le "vivre ensemble" passe notamment par la défense de la laïcité de l’école et des institutions publiques (défense de la loi de 1905), mais aussi par des luttes pour ouvrir une perspective à tous ceux et toutes celles qui subissent la politique gouvernementale et aspirent à une rupture avec un système qui n’offre que misère et désespérance.

Quentin Dauphiné

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