Non à l’“université” privée de la Garde… et à la marchandisation de l’enseignement supérieur public !

, par  Emancipation 83

Non à l’“université” privée de la Garde…br> et à la marchandisation de l’enseignement supérieur public !

Depuis novembre 2012, l’ouverture d’une antenne française de l’Université Fernando Pessoa (UFP) à La Garde fait couler beaucoup d’encre : médias locaux, organisations des professions libérales et médicales… et la question déborde désormais du strict cadre local. L’UFP annonce en effet son intention d’ouvrir des formations à Béziers, avec l’accord des élus locaux.

Si la critique de ces pseudo-“universités” est fondée, il ne s’agit pas pour autant d’aberrations : elles sont au contraire le résultat d’une politique éducative que condamne le SNESUP, et avec laquelle il faut rompre.

Au nom de l’Union européenne
L’UFP inscrit clairement son action dans le cadre de la politique européenne de marchandisation de l’enseignement supérieur connue sous le nom de “processus de Bologne”, lancé à la fin des années 1990. Il vise à organiser la concurrence entre universités à l’échelle européenne, sous couvert de reconnaissance mutuelle des diplômes nationaux. Aussi s’est-il accompagné de la mise en place du système des ECTS (“système européen de transfert de crédits”) : unE étudiantE peut “convertir” dans un autre pays son diplôme acquis dans le pays d’origine. La mise en place du processus de Bologne s’est d’ailleurs accompagnée en France de celle du système LMD (Licence-Master-Doctorat) qui a eu pour fonction de mettre en cause les diplômes nationaux au profit de diplômes adaptés aux besoins locaux du patronat — effet aggravé ensuite par l’“autonomie” des universités et le désengagement de l’État.

L’UFP joue explicitement sur ce terrain : promettre aux étudiantEs d’acquérir un diplôme portugais, convertible ensuite en diplôme français… dans le cadre d’une logique de profit : comme elle l’indique elle-même sur son site, “perdure, dans chaque pays de l’Union, des modes d’enseignement ne mettant pas suffisamment l’étudiant(e) au cœur d’un processus de la marchandisation incontestable du savoir”.

Fausse université, vrai embarras
Contrairement à son titre, l’UFP n’est pas légalement une université, et n’aurait pas encore obtenu de la part du gouvernement l’accord préalable indispensable à son ouverture, faute des pièces nécessaires. Cet établissement pourrait donc constituer une voie sans issue pour les étudiantEs (une centaine) concernéEs…mais une voie sans issue très coûteuse : jusqu’à 9500 euros par an !

Dans cette situation, la réaction de l’État est pour le moins embarrassée. Il y a un affichage de fermeté, la ministre de l’Enseignement supérieur ayant porté plainte pour “utilisation abusive du mot université et défaut de demande d’accord préalable”. Mais… l’agence Régionale de Santé avait loué les 1000 m2 nécessaire à l’UFP pour la somme d’à peine 20000 euros par an. Aujourd’hui le Centre hospitalier intercommunal a toutefois résilié la convention d’hébergement, mais n’est appuyée par nulle interdiction d’ouverture, à La Garde ou ailleurs.

Pour le SNESUP, il est temps que l’État prenne les mesures concrètes qui s’imposent : la fermeture de cette pseudo-université !

Combattre les causes et pas seulement les effets
Le fait que l’UFP puisse s’implanter dans le Var est le résultat d’une politique globale appliquée dans l’enseignement supérieur. Elle constitue donc un enjeu important, notamment parce que ce type d’établissements pourrait se développer ailleurs si un coup d’arrêt n’est pas porté maintenant.

Mais il faut aussi s’attaquer aux causes :
- mettre fin au mélange public-privé dans le cadre d’une concurrence généralisée. La dernière grande loi dans l’enseignement supérieur (LRU) s’inscrit totalement dans cette logique, elle doit être abrogée. Le projet de loi sur l’enseignement supérieur aujourd’hui présenté à l’Assemblée s’inscrit lui aussi dans cette orientation : il doit être retiré.
- avancer vers une réelle démocratisation de l’enseignement supérieur : l’UFP s’engouffre dans des failles bien réelles (numerus clausus pour les études de médecine alors que les besoins en santé sont énormes dans notre pays, coût des études…). Face à cela, il faut opposer la perspective d’une université égalitaire et démocratique (université 100% publique, gratuité des études…).

Le SNESUP-FSU participera à toutes les mobilisations en ce sens, à commencer par celles pour la fermeture de l’UFP et le retrait du projet gouvernemental sur l’enseignement supérieur et la recherche !

Émilie Devriendt

(article publié dans le numéro d’avril du journal de la FSU 83)

Navigation