ÉtudiantEs étrangerEs : en finir avec les expulsions, la xénophobie d’État !

, par  Emancipation 83

ÉtudiantEs étrangerEs : en finir avec les expulsions,
la xénophobie d’État !

L’une des premières mesures de M. Valls a été d’abroger la circulaire dite "Guéant", le 31 mai 2012, un an jour pour jour après sa publication. Cette mesure honorait une promesse du candidat Hollande répondant à une revendication de nombreux syndicats et associations. Pour rappel, la circulaire visait à restreindre les conditions d’accès au titre de séjour professionnel, en particulier pour les étudiantEs étrangEres désirant changer de statut. Ce texte fut assorti en janvier 2012 d’une circulaire "complémentaire" censée l’"assouplir", qui ouvrait droit, pour les seulEs étrangerEs titu- laires d’un master 2 au moins, à une autorisation provisoire de séjour (de 6 mois non renouvelables) de manière à favoriser leur "accès à l’emploi". Dérisoire ! Mais l’abrogation des deux textes, qui se voulait une mesure symbolisant le "changement", n’est rien d’autre qu’une mesure… symbolique. En effet, s’il faut se réjouir de l’abandon de dispositions qui discriminaient les jeunes diplôméEs, celui-ci ne remet aucunement en cause la politique d’"immigration choisie" accélérée pendant les années Sarkozy.

La nouvelle circulaire comme l’ensemble des textes régissant les conditions de séjour des étudiantEs étrangerEs en France sont discriminatoires. Même régulièrement inscritEs (ce que, pour certainEs, le défaut de papiers ou de visa long séjour ne permet pas toujours), même en situation "régulière", les étudiantEs étrangerEs sont en effet soumisEs à une sélection dont les critères seraient impossibles à remplir pour la plupart des étudiantEs françaisEs. Ainsi, à chaque demande de renouvellement de titre de séjour (annuelle dans 60% des cas), les préfectures évaluent le "sérieux" et la "progression" des études, limitant de facto pour les seulEs étrangerEs le droit à se réorienter, à redoubler et, finalement, poursuivre des études. Car ce sont ces jugements des préfectures qui déterminent les décisions d’"ordre de quitter le territoire français" (OQTF), y compris en plein milieu de cursus. Les étudiantEs étrangerEs
sont aussi sélectionnéEs socialement, étant soumisEs à des conditions de ressources drastiques (615 euros mensuels), et sont inéligibles aux bourses sur critères sociaux…

Il arrive que les recours ou les mobilisations contre OQTF aboutissent favorablement, mais ce n’est pas la majorité des cas. CertainEs choisissent alors la situation "irrégulière", vivant souvent dans une très grande précarité (aides sociales coupées) et, toujours, dans l’angoisse permanente de se faire arrêter ; d’autres décident de retourner dans leur pays d’origine, forcéEs de mettre fin à leurs études - telle cette doctorante tunisienne de l’USTV, repartie en cours de thèse, ou cet étudiant chinois admis en master 1 après avoir décroché sa licence, trop tardivement au gré de la préfecture du Var. Bon nombre d’entre elles/eux sont réduitEs à ces extrémités faute d’avoir été aidéEs, conseilléEs et informéEs des recours possibles contre un OQTF, car beaucoup sont isoléEs et ne savent pas forcément à qui s’adresser. À Toulon s’est créé un collectif du Réseau Universités Sans Frontières (RUSF) pour mettre en place une structure d’aide et de veille. Néanmoins, de nombreux cas nous restent sans doute inconnus. D’où l’importance de continuer à sensibiliser notre entourage, collègues, étudiantEs, à la réalité de telles situations, dans le but d’y mettre fin.

Il faut exiger l’égalité des droits entre touTEs les étudiantEs : un titre de séjour pluriannuel sans condition, notamment de niveau académique (au lieu du master minimum aujourd’hui), pour tout étrangerE détenant une carte d’étudiantE ; le libre accès aux établissements d’enseignement supérieur, à toutes les aides sociales, aux logements, au travail… Au-delà, il faut exiger la fermeture des centres de rétention administrative, la régularisation de toutes et tous les "sans-papiers", l’abrogation du CESEDA.


Émilie Devriendt,

pour le RESF 83 (contact : rusf83@free.fr)
permanences le mardi de 12h30 à 14h, campus de La Garde, IUT, salle B104

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