Replâtrage ou rupture ?

, par  Emancipation 83

Ci-dessous le texte adopté lors de la Semaine d’Émancipation en juillet 2012 et concernant la situation sociale.

Alternance n’est pas alternative. Toute idée de replâtrer la dictature des marchés, des capitalistes, des banques, de l’Europe libérale, ne peut conduire qu’au désastre et à une aggravation de la crise. C’est une rupture avec le capitalisme qui est nécessaire et dans un premier temps, l’abrogation de toutes les mesures prises par Sarkozy. En dépit des luttes et des mobilisations massives certains droits fondamentaux ont été détruits pour le plus grand profit des capitalistes.

Dans l’enseignement public, de la maternelle à l’université, il s’agit d’exiger l’abrogation de toutes les mesures qui soumettent l’école aux exigences du patronat et aux logiques de l’entreprise et de la gestion managériale : lois d’orientation de 2005 et de 2009 sur le socle commun, l’orientation et la formation tout au long de la vie, évaluations dans le Premier degré et Livret personnel de compétences, aide personnalisée et destruction de RASED, dispositif ECLAIR, « réformes » des lycées professionnels, du lycée général et technologique, généralisation du contrôle continu (CCF) qui détruit les diplômes nationaux, mise en place du dispositif « licence, master, doctorat » (LMD), loi sur la responsabilité des universités (LRU) qui organise l’autonomie et la mise en concurrence des universités (responsabilités et compétences élargies, RCE), suppression de la formation des enseignantEs et des IUFM… Toutes ces mesures aboutissent à une rentrée scolaire et universitaire catastrophique pour les personnels, les élèves et les étudiantEs.

Dans l’ensemble de la Fonction publique et du secteur privé, les attaques contre les acquis des personnels se sont généralisées : suppression massives de postes et atteintes aux droits statutaires, individualisation des carrières, entretiens professionnels, lois contre les retraites et la sécurité sociale, lois de mise en concurrence et de privatisation de l’hospitalisation publique, exonération massive de cotisations sociales, atteintes au code du travail (suppression de la hiérarchie des normes, rupture conventionnelle, flexibilité du temps de travail, géographique et polyvalence…).

De graves attaques ont été portées contre la laïcité, les libertés démocratiques et droits fondamentaux : financement encore plus massif des écoles privées par les fonds publics, répression contre les jeunes en lieu et place de la prévention, renforcement du contrôle politique sur la justice, fichage systématique de la jeunesse dès la maternelle et de l’ensemble de la population, répression contre les militantEs, les « résistants pédagogiques » et plus largement contre les mobilisation ; atteintes contre le droit de grève (dans les transports publics avec extension au privé, loi SMA dans le Premier degré…) ; expulsion des Sans-papiers…

Il s’agit aujourd’hui d’abroger ou d’annuler toutes ces mesures. Ce n’est pas la voie choisie actuellement par le gouvernement et les principales directions syndicales.

La crise met en évidence de manière particulièrement violente les contradictions inhérentes au capitalisme. Sa dimension est internationale.

Partout en Europe, la « droite » et la « gauche » appliquent la même politique de remboursement de la dette. Tous les gouvernements multiplient les politiques de rigueur et de flexibilisation de la main d’œuvre. Cette politique essaie de résoudre la crise du capitalisme en détruisant tous les acquis sociaux et en aggravant les inégalités. Elle ne fait que reporter les échéances. De même le nationalisme centré sur « l’identité nationale », la xénophobie pour diviser les travailleurs, la fermeture totale des frontières opposée à la liberté de circulation et d’installation et la défense d’un capitalisme national comme le propose le Front National ne peuvent que conduire à l’impasse et à la pire des réactions et à la barbarie.

Face à cette offensive généralisée doit s’exprimer et s’organiser la solidarité des classes ouvrières de tous les pays. L’exigence, c’est l’annulation pure et simple de la dette et l’expropriation des banques.

Aujourd’hui, la crise économique se poursuit et avec elle l’offensive du patronat :

Les plans de licenciement massifs se multiplient : liquidation de Fralib, menace de liquidation de DOUX, d’Arcelor-Mitall ; annonce de 8000 suppressions d’emplois à PSA…L’expropriation de ces entreprises s’impose. Le chômage réel délibérément sous-estimé par les statistiques officielles est de l’ordre de 6 millions de travailleurs et de travailleuses. Cette masse de chômeurs et chômeuses est utilisée pour précariser tous les emplois. Dans les trois FP on remplace les postes statutaires par les emplois précaires. Dans le secteur public et dans le privé se multiplient les formes de contrats précaires, les temps partiels imposés : contrats aidés, CDD, contrats de mission, intérim, contrats d’insertion….). Dans certains secteurs comme le nettoyage, 70% des salariéEs sont employéEs à temps partiel. Cette précarisation conduit à une diminution drastique des rémunérations et la dégradation des conditions de vie.

Le « redressement productif » reste soumis aux exigences du patronat.

Toutes ces politiques sont cautionnées par le « dialogue social » avec les directions syndicales utilisé par le gouvernement et le patronat pour faire avaliser ces offensives à répétition et faire payer aux salariéEs la crise du capitalisme.

Les intérêts des travailleurs et travailleuses sont fondamentalement contradictoires à ceux du patronat. C’est pourquoi, il faut rompre avec les « concertations », celles qui se mènent dans la continuité du « sommet social » aussi bien que les « concertations » organisées dans le domaine éducatif (Peillon pour l’école, Fioraso pour l’enseignement supérieur) s’inscrivent dans la volonté d’aménager les dispositifs actuels voire de les aggraver (par exemple l’approfondissement de la logique du « socle commun » pour déstructurer l’école publique). Elles constituent aussi un refus d’organiser une rentrée scolaire en rupture avec celle préparée par Sarkozy.

Ces dispositifs de « dialogue social » visent avant tout à faire accompagner la politique du gouvernement par les organisations syndicales, et non pas à ouvrir des négociations sur les revendications des personnels.

Pour une vraie rupture, il faut d’abord mettre en avant les revendications suivantes :

  • rétablissement de tous les postes supprimés dans la FP et création de tous les postes nécessaires ;
  • titularisation immédiate de tous les personnels précaires dans la Fonction publique (sans condition de concours et de nationalité) et arrêt des recrutements sur contrat. La titularisation est contradictoire avec le développement des CDI dans la Fonction publique ;
  • suppression des dispositifs d’individualisation, tels que les entretiens individuels d’évaluation ;
  • abrogation de toutes les lois anti-laïques ;
  • refus d’une nouvelle étape de décentralisation qui devrait accroitre encore la mise en concurrence des établissements dans l’Enseignement public comme dans tous les services publics ;
  • unification vers le haut des statuts, des conditions de travail et des salaires ;
  • aucun licenciement, expropriation des entreprises qui licencient ;
  • dans le privé, transformation de tous les contrats précaires en CDI à temps plein ;
  • augmentation uniforme des salaires (+ 300 € par mois pour touTEs) ; pas de salaire inférieur à 1700 euros ;
  • rétablissement de la retraite à taux plein sur la base de 37,5 annuités (sans décote qui touche particulièrement les femmes), sur la base des 6 derniers mois dans la Fonction publique et des 10 meilleures années dans le privé ; prise en compte des années de chômage, des congés de maternité et parentaux ;
  • suppression immédiate de toutes les exonérations de cotisations patronales et remboursement à la sécu de toutes les sommes non versées, suppression de la CSG ; remboursement à 100% des dépenses de santé ; suppression des lois qui soumettent le budget de la sécu au budget de l’État.

Ces revendications ne peuvent être imposées que par un rapport de force suffisant, qui passe par la construction de la grève interprofessionnelle public-privé. Il est de la responsabilité des organisations syndicales d’impulser la mise en place de cadres d’auto-organisation permettant aux travailleurs et travailleuses d’organiser et de contrôler leur mobilisation.

Émancipation tendance intersyndicale, 16 juillet 2012

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