Soutien aux travailleurs/euses et aux peuples en lutte face à la barbarie capitaliste

, par  Emancipation 83

Nous publions ci-dessous le texte adopté par l’Assemblée Générale statutaire d’Emancipation du 16 juillet 2011, sur la situation internationale.

Soutien aux travailleurs/euses et aux peuples en lutte
face à la barbarie capitaliste

Le système capitaliste qui domine la planète accélère son offensive pour détruire les systèmes sociaux de nombreux pays. Après la "faillite" de l’Argentine il y a quelques années qui a plongé une grande partie de la société dans la misère, c’est l’Europe qui est attaquée. Au moment de la crise des banques, les grands pays capitalistes avaient trouvé 800 milliards de dollars pour renflouer sans contrepartie les banquiers et les spéculateurs. Ils exigent aujourd’hui le remboursement des "dettes souveraines" qui consiste à faire payer aux peuples les dettes des spéculateurs. Cette politique s’appuie sur ce qu’est l’Union Européenne : une entité fondée sur la concurrence généralisée, les privatisations, le dumping social, les déréglementations et la fin de la souveraineté pour certains pays dans le choix de la politique économique. Cette réalité est la conséquence immédiate des traités qui organisent l’Union Européenne (Lisbonne…). La rupture avec ces traités s’impose.

Alors que les dettes de la Grèce, du Portugal ou de l’Espagne sont inférieures par habitant à celles des États-Unis ou du Japon et globalement inférieures aux grandes fortunes privées, le FMI et les grands capitalistes exigent des plans d’austérité draconiens qui aboutissent à une vente à la découpe des richesses de ces pays et à la disparition de tous les droits fondamentaux (logement, santé, emploi, salaire minimum, éducation…).

Avec l’alibi de remédier ou d’aider ces pays, on les ruine et on les dépèce. Sur le dos des peuples, les institutions financières permettent aux spéculateurs de faire des profits colossaux. Pour nous, l’annulation de la dette et l’expropriation des banques s’imposent.

Dans la continuation d’une politique initiée il a 30 ans par Reagan, Thatcher et les "Chicago boys", la social-démocratie européenne porte une lourde responsabilité. En Europe, les gouvernements réactionnaires ont été élus pour faire la casse sociale mais en Grèce, au Portugal ou en Espagne, c’est la social-démocratie une fois de plus qui fait le sale boulot, appliquant à la lettre les pires mesures exigées par les banquiers. Elle ne constitue en aucun cas une alternative à cette casse sociale programmée qui menace désormais tous les pays d’Europe.

En l’absence d’une alternative à cette destruction en cours, les mouvements populistes et/ou d’extrême droite se développent partout.

Le "syndicalisme" officiel lui aussi est en faillite. La CES qui est une création administrative de l’Union Européenne et la CSI accompagnent la déréglementation alors qu’une riposte massive s’impose.

Cette riposte vient des peuples. L’Islande a refusé deux fois par référendum de payer pour les banques. En Grèce, les manifestations initiées depuis deux ans ont débouché sur une douzaine de grèves générales. Le Portugal et l’Espagne ont aussi été paralysés à plusieurs reprises. Le mouvement des "IndignéEs" traduit la révolte de la jeunesse qui remet en cause le chômage massif, la précarité, les expulsions locatives, la représentation politique, l’inefficacité syndicale…

Émancipation soutient toutes les formes de résistance à l’offensive capitaliste. Elle soutient le refus des peuples de payer pour les capitalistes. La dette doit être annulée. Les syndicats français n’ont rien à faire dans la CES et la CSI. Il faut qu’ils n’y rentrent pas ou qu’ils en sortent, afin de contribuer à l’émergence d’un syndicalisme international de résistance et d’alternative au capitalisme. Émancipation participera à toute convergence des luttes avec le mouvement des IndignéEs.

En Afrique, l’année a été marquée par l’intervention de l’armée française pour imposer Ouattara en Côte d’Ivoire. Émancipation dénonce cette intervention colonialiste et exige le retrait militaire français de tous les pays d’Afrique.

En Amérique Latine, des luttes importantes ont permis aux peuples de différents pays de se réapproprier la distribution de l’eau et le contrôle des sources d’énergie. Au Chili, des mobilisations très importantes ont lieu pour exiger un service public d’éducation. Mais l’impérialisme n’a pas renoncé et reste menaçant. Émancipation dénonce le coup d’état qui a réinstallé l’oligarchie au Honduras et la poursuite depuis 50 ans du blocus de Cuba.

Aux États-Unis, des militantEs politiques croupissent en prison depuis des années notamment Mumia Abu Jamal, Léonard Peltier et les cinq Cubains accusés "d’espionnage". Émancipation soutient les demandes de leur libération.

Dans le monde arabe, après des décennies de glaciation, les processus révolutionnaires initiés en Tunisie et en Égypte marquent le réveil des peuples. Depuis un siècle, pour contrôler le pétrole, les régimes capitalistes soutiennent dans le Golfe un modèle social féodal, patriarcal, esclavagiste et ultralibéral en économie.

Bush avait fait du monde musulman "l’empire du mal" dans le cadre du "choc des civilisations". Les guerres qu’il a déclenchées en Afghanistan, en Irak ou en Somalie ont provoqué des centaines de milliers de morts et la destruction durable de ces sociétés. Face au "péril islamiste", l’impérialisme condamnait les pays arabes à subir des dictatures mafieuses et prédatrices comme celles de Ben Ali ou Moubarak. Dans des pays comme la Syrie, la Libye ou le Yémen, des dictateurs héréditaires étouffent toute liberté et toute lutte sociale et n’hésitent pas à commettre des bains de sang.

Les révoltes du monde arabe traduisent une exigence de liberté, de démocratie, de dignité, de refus de la corruption et de justice sociale. Au processus révolutionnaire en cours s’oppose un processus contre-révolutionnaire : les bourgeoisies, les dictateurs et l’impérialisme essaient d’endiguer ces processus et de neutraliser les conquêtes populaires, les puissances impérialistes essaient de conserver leur mainmise sur l’économie de ces pays.

En Libye, l’impérialisme s’est appuyé sur Kadhafi et a obtenu de lui qu’il contienne et réprime les immigréEs africainEs. Depuis le début de l’insurrection, sous prétexte de vouloir renverser Kadhafi, l’Occident intervient militairement à coup de bombardements et d’envois de mercenaires. On n’a jamais vu l’impérialisme et le militarisme apporter la démocratie et la liberté. Ni des pseudo-intellectuels comme BHL incarner une aspiration à la liberté.

Émancipation apporte son soutien à toutes les révoltes arabes, quel que soit le régime qu’elles combattent. Elle considère que les êtres humains ont le droit absolu de se déplacer et condamne la traque meurtrière aux immigréEs que l’Occident développe contre les "flux migratoires" : il est nécessaire d’abroger les accords binationaux contre les immigréEs et les réfugiéEs, en premier lieu ceux signés avec Ben Ali et Kadhafi. Elle soutient les luttes sociales dans le monde arabe et la création de syndicats indépendants : il est de la responsabilité du mouvement ouvrier d’organiser la solidarité. Elle s’oppose à toute forme de normalisation ou de retour au passé. Elle dénonce l’intervention impérialiste (et en particulier française) en Libye.

En Palestine, les révoltes arabes et un puissant mouvement populaire contre l’occupation et pour l’unité ont abouti à des avancées. L’Égypte a partiellement ouvert sa frontière avec Gaza et a cessé de vendre à prix bradé son gaz à Israël. Les accords de réconciliation Fatah-Hamas ont été ratifiés par tous les partis politiques palestiniens et semblent mettre fin à une division qui était une victoire de l’occupant. La Palestine va demander son admission à l’ONU et Obama paiera très cher le veto qu’il s’apprête à opposer à cette admission.

C’est dans ce contexte que plusieurs initiatives internationales de solidarité se sont développées. Une flottille internationale de 12 bateaux dont deux bateaux français a pu être réunie pour briser le blocus de Gaza. En France, 600000 euros ont été collectés avec une délégation très large sur les bateaux français regroupant des forces politiques, syndicales, antiracistes, associatives, culturelles …

Déjà affameur de son peuple, le Premier ministre grec a répondu aux exigences de Nétanyahou, de l’ONU et de l’Union Européenne en bloquant la flottille.

En même temps, dans le cadre de l’opération "Bienvenue en Palestine", plusieurs centaines de militantEs ont annoncé leur arrivée le 8 juillet en Palestine. Le gouvernement israélien a obtenu des compagnies aériennes européennes qu’elles empêchent ces militantEs de prendre l’avion et il a emprisonné et expulsé celles et ceux qui ont pu arriver à destination.

Émancipation réaffirme son soutien à la flottille et à l’opération "Bienvenue en Palestine". Elle dénonce la complicité des gouvernements occidentaux et de l’ONU avec ce gouvernement d’extrême droite qui annonce à l’avance qu’il refuse tout retrait. Elle appelle à toutes les formes de solidarité avec le peuple palestinien. Elle appelle en particulier les militantEs à des actions concrètes : missions civiles, visites en Palestine, témoignages… Le blocus de Gaza doit être brisé. Émancipation demande la libération des milliers de prisonniers politiques palestiniens.

Il est désormais évident que, sans sanctions contre Israël, l’annexion, les aventures militaires et la répression s’accélèreront. En 2005, 172 associations palestiniennes appuyées par les anticolonialistes israéliens lançaient un appel au BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions) contre l’occupant. Cette action doit être amplifiée.

Ce qui se passe en France et dans le reste du monde est lié. Émancipation, ici et ailleurs, est aux côtés de toutes celles et ceux qui se soulèvent contre l’exploitation et le capitalisme, et au nom de principes universels : laïcité, égalité des droits.

Émancipation tendance intersyndicale
le 17 juillet 2011 à Saint-Rome de Tarn

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