Vous avez dit "solidarité entre générations" ?

, par  Emancipation 83

Ci-dessous et en pièce jointe, l’edito de la dernière revue d’Emancipation, qui donne notre point de vue sur ce qui sera un des grands sujets d’actualité dans les prochaines semaines : la lutte pour la défense des retraites, et le retrait du projet Sarkozy.

À défaut de répondre aux revendications immédiates, le gouvernement se préoccupe du sort des générations futures. Pas pour les mettre à l’abri des risques environnementaux, du nucléaire, de la dégradation des sols ou de la raréfaction des ressources naturelles… Après avoir prétendu ne pas faire peser sur elles le poids "de la dette publique", voilà que c’est pour elles qu’il y aurait urgence à réformer les retraites.

Pour le poids "de la dette", nous avons pu voir comment le gouvernement prétend en exonérer les générations à venir : pas en révisant sa politique fiscale et de cadeaux aux nantis ou aux banques, mais en supprimant massivement les postes de fonctionnaires. Et donc en asphyxiant les services publics, à commencer par ceux qui sont essentiels pour les générations qui nous suivent : maternité, petite enfance, éducation.
Pour imaginer l’avenir des générations futures il suffit de voir celui de celle qui arrive là, et qui doit naître plus mal, être privée de crèche, de maternelle, d’un enseignement polyvalent et exigeant, d’enseignants formés pour leur métier, et de diplômes reconnus par les conventions collectives. Et si d’aventure malgré toutes ses attentions elle décroche, elle sera fichée, et si elle n’est pas d’un milieu qui peut lui payer ce que le service public n’offrira plus, un secteur qui recrute, l’armée, pourrait s’occuper d’elle, en l’enrôlant, ou en la matant. Toute sa vie, en fait d’allègement de la dette, elle paiera celui des banquiers et des patrons.

Quant à la retraite de cette génération, Sarkozy rêve pour elle d’un système par capitalisation, et à défaut de pouvoir l’annoncer tout de suite, il prépare le terrain à la façon prônée par les théoriciens néolibéraux : pour attaquer un acquis social il convient de le dégrader jusqu’à décourager les usagers de le défendre ; donc le programme, c’est augmenter la durée de cotisations et l’âge légal de la retraite, baisser les retraites et jouer la division public/privé.
Pas question de jouer sur les niveaux de cotisations, parce que là il n’y a pas que les travailleurEs qui sont misEs à contribution.
Et pourtant la question est bien là : comme pour la dette, les prélèvements sur les profits des patrons, et des spéculateurs, et le remboursement de ce qu’ils doivent à l’État, doivent permettre d’équilibrer les retraites tout en satisfaisant les revendications : retraite à 60 ans après 37,5 annuités de cotisations, avec un taux de remplacement de 75 %, maintien du code des pensions, des six derniers mois.

Pour espérer imposer ces revendications, il faut d’abord dénoncer clairement la campagne grossière du pouvoir, relayée par les médias complaisants, qui prétend sauver les solidarités, alors qu’en fait il les casse. La solidarité, c’est celle dans la lutte des actifs (dans l’emploi ou chômeurs, sous statut ou précaires, sans papiers…) avec les retraités et les jeunes (les organisations de jeunes viennent d’ailleurs de prendre une initiative sur les retraites). Cette lutte doit-être celle de toutes les forces vives du pays. Et pour l’organiser, il convient d’envoyer un signal fort en cessant de cautionner, par une présence inutile, les réunions où les systèmes de solidarité sont dépecés et en arrêtant de s’accrocher au dialogue social de Sarkozy, comme le pendu à la corde.


Olivier Vinay,
le 02/05/2010

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