Révolution russe...

, par  Emancipation 83

Révolution russe…

... au petit matin, le jour de l’ouverture du congrès des soviets, les bolcheviques prennent le Palais d’Hiver à Petrograd. C’est la révolution d’Octobre, qui marquera tout le mouvement ouvrier et syndical, et provoquera des divisions profondes et durables en son sein.

Le devenir de cette révolution et de ses protagonistes, suscite encore un âpre débat. Ainsi on a vu tout de même des articles de presse, des documentaires télévisés… le principal problème de tout cela n’est pas tant l’oubli, qu’une approche réductrice.

Révolution russe ou révolution bolchevique ?
Certains grands medias dévoués aux puissants qui nous gouvernent, on déversé à cette occasion des racontars et calomnies déjà très anciens (les bolcheviques et l’argent allemand, etc…). Le pire est atteint avec Le Monde qui se signale par trois articles purement anecdotiques. Les deux documentaires d’ARTE (sur Trotsky, et sur la révolution russe) sont meilleurs mais oscillent entre des détails factuels intéressants et des analyses à courte vue à partir de faits isolés, sans aucune vision d’ensemble.
Tous ignorent le phénomène central de toute révolution : l’auto-organisation de masse, la prise en main de sa vie par un peuple qui change ainsi la société… c’est logique car ce phénomène a toujours fait peur aux puissants, dans la mesure où il synthétise le contenu de toute révolution. Et du coup on se focalise sur les bolcheviques comme individus ou groupe, occultant qu’octobre 1917 est une révolution russe et non pas seulement bolchevique, une révolution faite par les masses. Ainsi le décret sur la terre du nouveau gouvernement : les occupations et le partage des terres par les paysans sont antérieurs au décret des bolcheviques, le gouvernement bolchevique ne fait que les reconnaître et leur donner une base légale.
On peut, en tant que syndicalistes-révolutionnaires opérer une analyse critique du bolchevisme et de ses erreurs, mais il est quand même nécessaire de rétablir certaines réalités humaines puisque c’est sur ce seul point que beaucoup fondent leur argumentation. Même là elle ne tient pas (voir encadré ci-contre)

Le bolchevisme comme courant révolutionnaire
Une critique du bolchevisme comme courant révolutionnaire est possible. Examinons par exemple la seule question de la démocratie ouvrière sous quelques angles :
- en Russie en 1917 il y a plusieurs courants du mouvement ouvrier, qui ont la liberté de s’organiser, de débattre et de confronter leurs points de vue devant le peuple : les grands partis nationaux bien sûr, mais aussi des organisations ouvrières régionales, un fort courant anarchiste en Ukraine…
Or, que constate-t-on avec le bolchevisme au pouvoir ? En 1921 à la fin de la guerre civile les courants du mouvement ouvrier autres que le bolchevisme ont été démantelés : les organisations sont clandestines, les militants agissent clandestinement voire sont traqués ou emprisonnés…
- le rapport aux syndicats : la subordination politique des syndicats (cf. les articles de l’Internationale demandant la création noyaux communistes dans les syndicats) est incontestable. De même par exemple dans les écrits des bolcheviques on peut trouver des textes qui condamnent le principe de l’indépendance syndicale et la Charte d’Amiens . Les syndicalistes révolutionnaires de l’époque ont défendu à juste titre la jeune révolution russe, cela n’exonère pas d’une vraie discussion.
- la démocratie au sein même de l’organisation : le parti comme le mouvement ouvrier était structuré en tendances qui confrontaient librement leurs points de vue, c’est une tradition du mouvement ouvrier. Or les tendances sont interdites dans le parti en 1921…

Le fait est qu’avec le gouvernement bolchevique le mouvement ouvrier est éliminé à l’exception des bolcheviques eux-mêmes, et la fin de la guerre civile ne va pas apporter de changements. Il faut prendre la mesure de cette réalité : dans l’histoire du mouvement ouvrier, c’est la première fois qu’un des courants décide d’éliminer les autres.
Voici donc la situation du mouvement ouvrier et du bolchevisme quelques années après la prise du pouvoir , et alors que la bureaucratie stalinienne ne s’est pas encore imposée. Une discussion est nécessaire, mais elle ne peut prendre le visage d’une légende noire remplaçant l’ancienne légende dorée propagée par le stalinisme ou différents avatars du trotskysme en leur temps.

Quentin Dauphiné (Var)
(article publié dans le n°4 de décembre 2007 de la revue L’Émancpation )

Navigation

Brèves Toutes les brèves