congrès académique du SNES : le thème 3

, par  Emancipation 83

Thème 3 : ce thème portait sur les alternatives économiques et sociales, soit virtuellement beaucoup de choses, des OGM à la collectivisation des moyens de production, en passant par le nucléaire et la fiscalité…


A noter que dans un certain nombre de congrès académiques du SNES, cette partie des textes de congrès avait été très critiquée, certains estimant que ces débats n’avaient pas de justification en tant que tels dans un congrès du SNES.
Nous critiquons aussi ces textes, mais ne partageons pas ce point de vue. Il est légitime qu’une organisation syndicale se préoccupe des problèmes ayant trait à l’organisation de la société car les luttes des salariés sont porteuses d’une autre organisation sociale et les luttes revendicatives immédiates prennent tout leur sens en lien avec une volonté de transformation sociale (cf. la Charte d’Amiens à laquelle nous nous référons, il est vrai qu’on est un peu seuls à le faire dans le contexte syndical actuel…).
MAIS si cette réflexion revendicative est justifiée, en revanche nous sommes en désaccord avec les orientations globales de ces textes.
En effet, ces textes – qui définissent quand mêmes les positions syndicales – ne partent pas des deux aspects majeurs : d’une part nous sommes dans une société avec des dominants et des dominés, d’autre partnous sommes dans une société en crise. Dès lors se pose la question : qui paiera cette crise, les travailleurs ou le patronat ? Et partant de là, une réflexion sur l’alternative de société devrait prendre quelques questions concrètes et avancer des revendications anticapitalistes comme point de départ : qui dirige la société à laquelle nous aspirons ? Quelle conséquence sur la propriété des moyens de production ? Quelles revendications de rupture avancer ?
Au lieu de cela, la tendance majoritaire reste dans une logique d’aménagement d’un capitalisme en crise, centrée sur 3 axes :
- le simple keynésianisme (relance de la consommation), alors que l’enjeu c’est la gestion de la société et de leur avenir par les travailleurs eux-mêmes.
- le productivisme, certes atténué (voir plus bas).
- aucune remise en cause concrète du fonctionnement des institutions existantes, que ce soit au niveau national (5e République), européen (Union Européenne) ou mondial (FMI et Banque Mondiale, ONU)… alors qu’elles ont prouvé qu’elles jouaient un rôle qui n’a rien de progressiste.
Il est assez surprenant de lire tout un passage sur "Faire vivre la démocratie" sans qu’aucune transformation ne soit proposée sur ces questions ! Heureusement, sur la question des libertés démocratiques le SNES formule des revendications offensives, mais c’est ben la moindre des choses (même si toutes les organisations syndicales n’en sont pas encore à ce "moindre des choses" soit dit en passant…).

Autant dire que nous avons voté contre l’ensemble du thème 3 !

Un petit florilège :
Il serait long et fastidieux de faire un inventaire à la Prévert de positions toutes contestables qu’on trouve dans les textes préparatoires, et allant d’un réformisme modéré à un accommodement au capitalisme. De toute évidence, il faut vraiment que les syndiqué-e-s s’approprient leur organisation et s’expriment sur ces questions, si l’on veut que notre syndicat joue son rôle de lutte.
Quelques remarques quand même :

Productivisme et environnement :
Les textes parlent de la crise climatique, mais rien de bien concret sur des questions majeures comme les OGM. Pire, sur le nucléaire, la direction du SNES reprend implicitement la position du lobby pro-nucléaire : "la sortie à court terme du nucléaire soit être débattue en terme de réduction de la consommation ou d’augmentation de la de GES (Gaz à effet de Serre)" (autrement dit, sortir du nucléaire c’est pas bien car ça augmentera la pollution). Plus loin il y a une opposition à la privatisation du secteur de l’énergie et du nucléaire en particulier, mais là aussi c’est quand même la moindre des choses pour un syndicat.

Licenciements, chômage, précarité, politiques économiques :
Alors que les plans de licenciement pleuvent, que le salariat se révolte contre cela, quelles perspectives ? "Sécuriser les parcours professionnels" nous dit-on, alors que la question est celle du blocage des licenciements (ce qui ne clôt pas le débat sur la façon de s’y prendre). De même, toujours face au chômage et aux licenciements, "il faut de nouvelles formes juridiques pour un statut du salariat, assurant la sécurité des personnes, et basé sur un continuum de droits transférables"… l’urgence est-elle d’accompagner le chômage et la flexibilité, ou de garantir des droits, défendre l’emploi et en redonner à ceux qui ont été licenciés (réduction du temps de travail, etc) ?
Même chose sur le système bancaire : alors que même certains gouvernements nationalisent des banques, il s’agirait de faire en sorte que "l’utilisation des aides publiques doit donner lieu à un contrôle direct par l’Etat"… pour nous ce qui s’impose c’est la nationalisation des banques pour développer un secteur bancaire public.
Etc… autant dire qu’il faudrait réécrire presque tout le texte en fait !

Cela dit, il serait faux de penser que le SNES n’a pas aussi des revendications offensives. Nous y avons d’ailleurs contribué, et dans deux domaines qui nous semblent importants :

L’Union européenne :
Le rapport préparatoire aborde la question du financement des services publics. Pour nous il y a certes les politiques nationales qui les mettent en cause, mais aussi les politiques décidées au niveau de l’Union européenne : pacte de stabilité d’Amsterdam, directives de libéralisation, traités européens (notamment celui de Lisbonne, le dernier-né, mais les précédents aussi).
Nos amendements sur le sujet ont été adoptés, les congressistes ont ainsi formulé des mandats s’opposant aux politiques réactionnaires de l’UE : abrogation des directives de libéralisation, sortie du pacte de stabilité, rupture avec les traités européens…
En revanche il faut prolonger les débats dans notre organisation syndicale sur la question de la directive européenne sur les "services d’intérêt généraux", question en lien avec celle de l’adhésion à la Confédération Européenne des Syndicats (CES, voir notre compte-rendu sur le thème 4). C’est un débat récurrent dans le syndicalisme, les directions de la FSU et de la CGT y sont par exemple favorables, malgré l’opposition de nombre de militants et de syndicats. Pour notre part nous y sommes opposés, car justement les "services d’intérêt généraux" ce n’est pas du tout la même chose que les services publics (ça peu même être l’inverse !), et une telle directive risque au contraire de favoriser la libéralisation des services publics existants. Nous avons fait tout de même pas mal de voix, et sur ce sujet comme sur d’autres le congrès national a tout de même abouti à des positions plus raisonnables, signe d’une volonté de lutte syndicale.

Croissance et décroissance :
Autant le dire tout de suite, nous ne sommes pas des fanatiques de "la croissance". Nous pensons que la logique de la croissance est celle de l’accumulation capitaliste : pour nous la question sociale majeure n’est pas la croissance économique mais le partage égalitaire des richesses.
Nos positions critiques sur cette idéologie ont été en partie reprises par le congrès, mais pas toutes. Ainsi des choses ont été intégrées, en revanche pas d’autres (voir le texte en pièce jointe), et un vote a tranché : 13 pour, 13 abstentions, 60 contre.

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