A propos de la "désobéissance pédagogique"

, par  Emancipation 83

Un des faits marquants de cette année scolaire 2008–2009 dans le premier degré aura été l’émergence d’un puissant mouvement de désobéissance civile refusant de mettre en œuvre les réformes destructrices de l’actuel gouvernement. Loin des projecteurs médiatiques, le mouvement s’est pourtant structuré en collectif national et continue à s’étendre. Ainsi au 4 avril, ce sont 2747 désobéisseurs et désobéisseuses qui se sont déclaréEs et fait connaître du collectif. Une collègue du Var nous explique ici comment elle en est venue à se déclarer désobéisseuse.

(cet article est à paraître dans le n°9 de notre revue L’Émancipation)

Entrer en désobéissance

Pourquoi suis-je entrée dans ce mouvement de désobéissance ? Je ne me suis pas réveillée un matin en me disant : "Tiens, et si je désobéissais ?". Cette décision a été mûrement réfléchie et prise en conscience.

L’échec des actions traditionnelles
Puisque toutes les revendications et actions « légales » menées depuis l’année scolaire dernière n’ont pas été entendues, le gouvernement jouant le jeu de la sourde oreille, j’ai décidé de rentrer dans un mouvement national de désobéissance. À mon sens, les réformes aujourd’hui proposées par l’Éducation Nationale ne permettent plus l’égalité des chances pour les enfants dans l’école publique.
Un bilan rapide des actions menées depuis juin 2008 peut ainsi être fait :
- consultation des nouveaux programmes : aucun retour d’où un sentiment de ne pas avoir été entendu,
- pétitions pour signifier nos inquiétudes,
- Nuit des écoles : propos méprisant de M. Darcos qui en dira : "ne transformons pas nos écoles en foire du caravaning" !
- premier trimestre : essai de l’aide personnalisée tels que les textes le préconisaient. Les conclusions envoyées à notre IEN montraient que les élèves ayant bénéficié de l’aide personnalisée n’avaient pas ou peu progressé et le reste de la classe manquait par contre de temps d’apprentissage. D’où notre insatisfaction.
- sans oublier les manifestations.

Boycotter le dispositif institutionnel
Nous sommes désormais 25 "enseignants désobéisseurs" sur le département du Var et plus de 2626 recensés en France. Ce chiffre ne fait apparaître que les enseignants déclarés désobéisseurs, mais combien d’autres font de la "résistance silencieuse" ?
Nous espérons ainsi convaincre le gouvernement d’écouter et de prendre en considération l’opinion des enseignants. Nous espérons ainsi alerter l’opinion publique. Nous espérons ainsi sensibiliser les parents d’élèves.
En effet, nous ne nous battons pas directement pour nous mais pour les élèves, pour le devenir de cette école publique qui nous est cher.
Aucune discussion ou concertation n’étant possible et :
- puisque nous ne pourrons jamais remplacer des personnes formées et spécialisées du RASED pour aider les enfants en grande difficulté ;
- puisque l’aide personnalisée aux enfants en difficulté passagère, nous la mettions déjà en place en classe en travaillant en petits groupes avec un travail différencié ;
- puisque cette aide personnalisée telle que nous l’avions menée durant cette première période ressemble plus à du saupoudrage qu’à un travail de fond ;
- puisque les programmes très chargés de 2008 avec seulement 24 heures hebdomadaires de classe pour tous provoquent un rythme de travail très lourd pour les enfants qui n’ont plus le temps d’apprendre (certains devenant en difficulté alors qu’ils ne l’étaient pas avant) ;

J’ai alors décidé d’écrire un courrier à mon Inspecteur afin de lui indiquer mon refus de mettre en place les deux heures de l’aide personnalisée telle que l’institution me le demande.

Mettre en pratique une alternative
Mais ai proposé ces 2 heures à TOUS les élèves de ma classe (et non qu’à six !) avec accord des parents d’élèves afin d’offrir à tous le temps d’apprendre (prévention et remédiation). Ces deux heures nous manquent cruellement pour mener à bien les nouveaux programmes (qui sont plus surchargés que les précédents). J’ai bien précisé aux parents d’élèves que ce que je ferais pendant ces deux heures ne serait pas du soutien mais des heures supplémentaires pour laisser le temps aux enfants, temps qui manque tellement aujourd’hui avec ces 24 heures.
Parallèlement à cette action, les parents d’élèves (FCPE) ont appelé à boycotter toute forme de soutien hors temps scolaire, argumentant que le rythme de l’enfant s’en voit surchargé d’une demi- heure à une heure par jour et qui plus est pour les enfants en difficulté. Ceux-ci entretiennent bien souvent une relation aux savoirs difficile, est-ce en imposant un temps supplémentaire, une stigmatisation face aux pairs, une journée plus longue et fatigante que nous réussirons à leur faire retrouver l’attitude positive qui favorise les apprentissages ? La semaine scolaire des enfants se trouve réduite à quatre journées, parfois très longues pour certains, entrecoupées de journées vaquées. Cette organisation est à l’encontre de beaucoup de travaux sur les rythmes scolaires des enfants. Une telle organisation n’offre pas la meilleure chance pour tous de profiter pleinement des apprentissages. Les parents ont alors fait signer une pétition qui a ensuite été déposée chez l’IEN. Sur notre école, 64% des parents ont refusé l’aide personnalisée.

Les pressions de l’institution
Suite à cette action, j’ai reçu (ainsi que deux autres de mes collègues "désobéisseuses") une convocation pour un entretien avec l’inspecteur de circonscription et l’inspecteur adjoint d’Académie. Nous avons dû expliquer notre organisation de l’aide personnalisée et argumenter ce choix. Nous avons pu exposer nos points de vue.

À la fin de cet entretien, il nous a été rappelé notre statut de fonctionnaire. Aucune sanction ne sera prise (??) mais un courrier nous sera envoyé nous rappelant que nous sommes fonctionnaire d’État. Ce même courrier sera joint à notre dossier.

Marion Weingartner

site des "désobéisseurs" :
http://resistancepedagogique.blog4ever.com/blog/index-252147.html
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