retour du congrès national du SNES : impressions d’une déléguée

, par  Emancipation 83

Nous publions ci-dessous l’interview de notre camarade Nathalie Vivé, militante d’Émancipation dans le Var. Cette interview a été réalisée par Nicolas Caudeville, journaliste indépendant qui a suivi une grande partie du congrès national du SNES, et que nous remercions chaleureusement.

Nous avons déjà donné nos premières réactions par rapport aux congrès national du SNES à cet endroit.
L’interview de notre camarade est à paraître dans le n°9 de la revue L’Émancipation.

Mon premier congrès national !

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L’Émancipation  : Vous êtes tête de liste aux élections internes du SNES sur la liste Émancipation de l’académie de Nice, depuis quand êtes-vous professeur et quel est votre parcours ?

Nathalie Vivé : Je suis professeur depuis sept ans maintenant, j’ai eu mon concours dans l’académie de Toulouse et j’ai voulu de l’action, alors j’ai demandé l’académie de Créteil-Versailles, que je n’ai pas eue. J’ai atterri par hasard dans l’académie d’Amiens où j’ai demandé les zones les plus difficiles pour voir si "c’était comme à la télé". J’y ai travaillé durant trois ans et j’en suis partie pour me rapprocher de mon compagnon, en espérant "secrètement" avoir les quartiers Nord de Marseille. Et là non plus, je ne les ai pas eus. Alors dans logique optimale de gestion du personnel de l’éducation nationale, je suis passée sans transition d’une ZEP "sensible prévention violence" à Creil à un collège rural isolé du Haut-Var.

L’Émancipation  : On nous donne dans les médias une image "particulière" de ces jeunes dit "sensibles", D’après votre expérience qu’en est-il dans la réalité ? Ressemblent-ils aux jeunes de La journée de la jupe ou à ceux de Entre les murs ?

N.V. : Je me suis énormément reconnue dans le film de Bégodeau, Entre les murs , pour le quotidien, et c’est vrai que des moments de crise pouvaient ressembler à ce que j’ai vu de La journée de la jupe . Médiatiquement, on nous dit que dans les "zones sensibles", on n’enseigne pas, qu’on fait de la garderie, que se sont "des sauvageons irrécupérables" etc. Mais, j’y ai enseigné, j’ai pris plaisir à le faire, j’ai appris moi-même, un peu toute seule avec mes collègues (presqu’une expérience de l’autogestion) à enseigner différemment. Et, ça a été une des périodes les plus enrichissantes de ma carrière. Je ne me suis jamais sentie en danger. Parce qu’on se dit qu’on est le héros de son propre film. Quand on dit qu’on est professeur de ZEP dans les repas mondains, on vous dit "les derniers hussards noirs" de la République. Oui, on peut enseigner à ces gamins, ils ont plein de qualités, plein de ressources.

L’Émancipation  : Depuis combien de temps êtes vous syndiquée ? Et pourquoi le choix d’Émancipation ?

N.V. : Ça m’a semblé tout à fait normal de me syndiquer quand j’ai eu mon concours. Ça faisait partie de la culture du métier de se syndiquer, parce qu’on était porteur d’un projet collectif et pas que défendre son propre statut. Quand j’étais à Creil, je suis arrivée comme néo-titulaire en 2003, et mon collège s’est retrouvé en tête des luttes dans l’Oise. On a essayé de faire bouger, on a monté beaucoup d’actions en autonome, avec les cheminots SNCF, les gaziers etc...

Et moi je venais d’un groupe alter-mondialiste à Toulouse, aujourd’hui auto-dissout, qui s’appelait AARRG (Apprentis Agitateurs pour un Réseau de résistance Globale), où on avait fait pas mal d’actions assez spectaculaires, pour alerter les populations sur les nouvelles lois sécuritaires, on est allé sur des contre-sommets, on a participé à des actions à la limite de la légalité, donc c’était ma vision de voir les choses et le militantisme. Quelle ne fut pas ma désillusion quand je me suis rendue compte que dans le cadre du syndicalisme classique, les assemblées générales, ce n’était pas possible, les modes d’actions alternatifs ça n’était pas possible. Dans l’Oise, à cette époque, les gens qui malgré tout se remuaient, s’étaient gens de l’École Émancipée. Là-bas pour ma dernière année, j’ai été sur les listes de l’École Émancipée pour la FSU. Tout en ayant posé mes conditions : je reste autonome dans mes actions etc. Et quand j’ai été mutée au fin-fond du Haut-Var, j’ai rencontré par hasard sur une mobilisation autour des services publics, un militant d’Émancipation, qui luttait contre la fin des services publics en zone rurale, notamment à son collège, on a eu l’idée de monter une coordination d’action (supprimer d’action : peu clair) qui a été vraiment très active pendant un an et demi, permettant de limiter la casse dans nos établissements respectifs. On avait pensé un autre mode de fonctionnement avec les syndicats. Il s’avérait que Quentin était à Émancipation, et les gens qui bougent le plus aujourd’hui sont à Émancipation. Ils sont plus offensifs sur l’action !

L’Émancipation  : Quelles impressions vous avez de ce congrès du SNES à Perpignan ?

N.V. : J’avais déjà fait le congrès national de la FSU, donc j’étais un peu préparée. Mais, ce n’ai pas parce qu’on est préparée qu’on aime et qu’on s’habitue à cette très grosse machine qu’est un congrès. Difficile de ne pas se sentir écrasée par cette masse de temps, d’énergie, d’argent, qui est dépensée en principe pour structurer et développer les problématiques du syndicat dans l’avenir. Et de se dire, que de tout ce temps-là, ne vont pas sortir de réflexions majeures sur les modalités d’actions où de stratégies. Parfois, on sent un ton assez cynique, des revendications très, très particulières qui vont occuper un nombre de débats considérable, avec des modes de fonctionnement qui restent très hiérarchisés. Il faut s’inscrire à l’avance pour parler. On ne peut donc pas répondre sur l’instant. Et de toute manière, c’est la tribune qui a le dernier mot. Il y des réunions qui ont lieu en même temps et qui sont simultanément intéressantes. Alors, c’est l’une et pas l’autre. Et puis, finalement, les gens s’écoutent assez peu. Cette expérience du congrès confirme celle que j’avais eu avec celui de la FSU, c’est lorsqu’on est minoritaire, tout est fait pour qu’on ne puisse pas discuter entre nous, qu’on ne puisse pas s’organiser. Lorsqu’on parle, on essaie de nous déstabiliser. Bref, la démocratie interne a encore du progrès à faire. Et tout est fait pour que rien ne bouge.

L’Émancipation  : Il y a un grand débat : faut-il rejoindre la CGT ?

N.V. : Il n’y a pas de droits de tendance à la CGT. Au moins les choses seront claires. En soit, l’idée de s’unir avec d’autres, je trouve ça important. Parce que je ne perds jamais de vue que, en face ils sont unis. La question c’est : selon quelles modalités. Dans ses fondements, la CGT était un syndicat de lutte, de combat total, mais dans la manière dont elle évolue, elle cherche une espèce de respectabilité et elle se veut un partenaire social. C’est un petit peu ce que recherche le SNES, une notabilité. C’est important pour eux d’être conviés au palais de l’Élysée pour essayer de gagner des miettes, dont on peut dire : "Ha, mais ça aurait été pire !" Pour moi, cette approche là, "l’accompagnement palliatif" où l’on étouffe, ce n’est pas la stratégie pour gagner !

L’Émancipation  : Émancipation avait proposé dès le début du congrès, de soutenir les grèves universitaires au niveau local comme au niveau national, quelle a été la réaction du congrès ?

N.V. : La réaction ? Un peu de gêne, un peu de condescendance. Des réflexions du type : "Ha Émancipation nous fait le coup tous les deux ans...". On n’y peut rien s’il y a des luttes là où se passe le congrès. Ça nous semblait important de montrer le soutien qu’on espérait le plus massif possible, du SNES aux luttes locales en cours d’autant qu’elles viennent du secteur de l’éducation. On nous a fait sentir qu’on se mêlait de ce qui ne nous regardait pas. Qu’il y avait un SNES local qui avait sans doute pris des contacts. Finalement, la proposition qui a été faite, c’est d’inviter une délégation des grévistes à expliquer la situation aux membres du congrès : une sorte d’hommage au SNES. Émancipation ne s’est pas satisfaite de cela et même si le congrès a refusé de suspendre les travaux pour aller manifester à leurs côtés ou participer aux assemblées générales, nous, nous sommes allés à leur rencontre. Là, on a vue que la mobilisation, c’est vrai n’était pas "folichonne". Mais notre présence symbolique a été très appréciée. La preuve, les délégués de l’université n’ont pas jugé utile de venir à la rencontre du SNES.

L’Émancipation  : Les réformes du gouvernement concernant l’éducation, la crise, tout cela aurait pu faire penser que le congrès se positionnerait de manière conséquente. Qu’en a-t-il été en réalité ?

N.V. : À partir du moment où on accepte de discuter les nouvelles règles du jeu qui consistent à dire pour le ministère : "Pour avoir le droit de discuter, il faut d’abord signer un papier". Et après, de se prévaloir de cette signature des syndicats auprès de la presse et du grand public pour dire : "Voyez, ils ont signé !". Forcément le gouvernement ne risque pas grand-chose.

Il y a un subtil jeu de part et d’autre pour montrer que personne ne perd la face : voir le ministre Xavier Darcos faire semblant d’attendre les résultats des travaux du congrès pour prendre une décision sur telle ou telle réforme On voit qu’on est prêt à faire un certains nombre de concessions. Et finalement, lorsqu’on annonce quelque chose de terrible et qu’on a juste quelque chose de mauvais : ça permet d’endormir la majorité des enseignants. Le gouvernement craint bien plus l’éventuelle participation des lycéens aux luttes à venir, notamment en avril-mai, qu’une mobilisation des profs. L’échec de 2003 est certes encore dans les esprits, mais il me semble qu’il y a eu des succès récents : il faut se rappeler de la lutte de nos camarades des Antilles, à laquelle le SNES a peu participé d’ailleurs !

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Propos recueillis par Nicolas Caudeville

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