Lettre de la LDH au préfet du Var

, par  Emancipation 83

Le quatrième “cercle de silence” de soutien aux sans-papiers a été perturbé par l’extrême-droite. Var-Matin s’en est d’ailleurs fait l’écho dans son édition du 31 janvier.

Ci-dessous la lettre de la LDH au préfet du Var à ce sujet.

La Ligue des Droits de l’Homme
Section de Toulon
BP 5170
83094 TOULON Cedex

à

Monsieur Jacques LAISNE
Préfet du Var
Avenue du 112e Régiment d’Infanterie
83000 TOULON

Monsieur le Préfet,

Le 30 janvier, pour la quatrième fois, nous avons organisé, avec d’autres associations, un Cercle de Silence sur la place de la Liberté à Toulon. Notre action n’est pas locale, elle se renouvelle chaque mois dans une centaine de villes de France.

Notre but est de regrouper en silence un collectif de citoyens qui refusent le traitement inhumain que la République réserve aux migrants en situation irrégulière du fait de dispositions législatives, nationales ou européennes, contraires aux droits fondamentaux de la personne humaine.

Nous avons signalé à vos services cette manifestation et je vous remercie d’avoir prévu et envoyé un service d’ordre.

En revanche, je ne peux que m’étonner qu’une autorisation de manifester au même endroit, à la même heure ait été donnée à un parti d’extrême droite, le parti populiste en l’occurrence, qui n’est pas venu pour défendre ses idées mais pour nous empêcher de nous exprimer. En effet leur porte parole ne cessait de hurler sous le regard indifférent des policiers :

« Nous sommes ici pour contre manifester »

Pourtant dans l’esprit de respect des droits fondamentaux qui nous anime, nous avions pris soin de n’occuper que la partie gauche de la place, leur laissant largement la place de faire leur rassemblement.

Or, pour la seconde fois, nous avons été cernés par une horde de manifestants qui n’étaient visiblement pas venus dans un but pacifique, leur tenue et leurs propos en témoignant.

Sachant que nous nous refusons à utiliser la violence, ils viennent en toute tranquillité perturber le bon déroulement d’une expression démocratique ; ils viennent nous narguer, nous insulter, nous photographier de façon ostensible pour alimenter leurs sites qui sont autant d’atteintes aux valeurs essentielles de la République et qui prônent la haine de l’autre. (Voir annexes)

Nous nous réservons le droit de donner la suite que nous jugerons utile contre ces atteintes au droit à l’image, contre des propos calomnieux (collabos par exemple, un mot qui est peut-être pour eux un terme élogieux mais qui pour nous évoque une période noire de l’histoire de notre pays pendant laquelle la Ligue a payé un lourd tribut).

Surtout, ceci afin de vous rassurer, même si nous avons été agacés par leur intervention, elle ne s’est pas déroulée « sous les yeux médusés des militants tétanisés de la LDH, de RESF et du CCFD ». Si je mentionne cette phrase trouvée dans leur blog, c’est pour prouver leur intention de nous traumatiser et de faire régner leur loi par la terreur et l’intimidation. Mais au risque de les décevoir, nous organisons notre prochain cercle du silence le Samedi 28 Février.

Vous comprendrez donc, après cet exposé de la situation, que nous sommes convaincus, qu’en votre qualité de Préfet, soucieux du maintien de l’ordre public, vous ferez en sorte que nous n’ayons plus à subir les sarcasmes et les vociférations haineuses d’une bande d’extrémistes qui ont besoin de nous pour se manifester. De nombreuses places ont été aménagées ces dernières années. Il doit sûrement y avoir possibilité de leur en trouver une, très petite et plus accueillante, pour la trentaine d’individus qui effectivement, sans nous, se seraient trouvés bien seuls...

Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, mes respectueuses salutations.

Alex MASSARI

Président de la LDH Toulon

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