congrès national & académique du SNES : contributions aux débats

, par  Emancipation 83

Dans le cadre de la préparation de ses congrès académiques et national, le SNES publie des cahiers de contributions aux débats.
Nous publions ci-dessous quatre contributions de militant-e-s Emancipation du Var, dont une à venir dans le prochain cahier de contributions.


1) "Réforme" des lycées : Non à la "concertation", oui aux revendications !

En décembre, Darcos a reculé : à cause du mouvement lycéen bien entendu, mais aussi des mobilisations de nombreux collègues sous diverses formes (tracts, réunions publiques, actions communes avec les lycéens…). On peut d’ailleurs regretter que notre syndicat n’ait pas appelé à la grève en même temps que les lycéens pour empêcher leur isolement. Aujourd’hui, Darcos veut imposer la même contre-réforme, mais en s’y prenant différemment : le SNES ne doit pas tomber dans ce piège ! Dans mon académie (Nice), la première concernée par cette stratégie, les choses sont claires : une mascarade, un simulacre de démocratie pour chercher à faire avaliser ce que les collègues ont combattu précédemment. Ainsi le vendredi 16 janvier le Recteur envoie un courrier aux Proviseurs pour qu’ils mettent en place une "concertation" sur la réforme des lycées, si possible le mercredi 21 en matinée… cette précipitation vise à contourner les syndicats et les cadres collectifs. À défaut d’obtenir une co-élaboration de sa réforme avec les syndicats sur le plan national, le ministère cherche à l’obtenir sur le plan local pour faire accepter ce qu’il avait dû retirer suite aux luttes.

Dans le Var, plusieurs lycées ont refusé de jouer le jeu, les réunions ne se sont pas tenues comme si de rien n’était, les collègues ont exprimé leurs revendications mais aussi leur refus d’être dupes.

Par rapport à ces "concertations", le SNES doit dire clairement qu’il n’y aura pas de discussion sérieuse sans l’annulation préalable des suppressions de postes (donc d’heures et d’enseignements) pour la rentrée 2009, et la garantie de ne pas chercher à imposer le projet de réforme qui avait été rejeté.

Or ces conditions minimales ne sont pas respectées : quel autre sens peut avoir l’ "expérimentation" de la réforme Darcos dans différentes académies ? Qui peut croire que les lycées ne seront pas touchés par les suppressions de postes ? Est-il normal que l’US se contente de formuler des observations sur la méthode et conclut par "Chiche" ? Dans ces conditions, le SNES doit appeler clairement les collègues à ne pas rentrer dans ce jeu truqué d’avance, et au contraire à rappeler leurs revendications et leur volonté de défendre le service public d’éducation.


Nelly Jouvenceau, Lycée Dumont d’Urville (83)

2) Faire évoluer le SNES et la FSU… et en débattre vraiment !

Les rapports préparatoires posent à juste titre la question de la place du SNES et de la FSU dans le paysage syndical.

La stratégie de "recomposition" tous azimuts lancée par UA et l’EE aux congrès précédents, avec l’"extension du champ de syndicalisation" aux trois Fonctions Publiques, stratégie qui a aggravé la division syndicale… est abandonnée. Bien !

Le problème, c’est que les enjeux doivent être explicités, si l’on veut un débat dans la clarté.

Prenons deux points :

- l’avenir de la FSU : "Quels types de rapprochements opérer avec d’autres organisations syndicales", "la FSU n’a-t-elle pas à prendre des initiatives concrètes de travail en commun susceptibles de contribuer aux nécessaires rapprochements d’organisations ?". Pourquoi pas ce "rapprochement", mais deux conditions sont indispensables. D’abord dire vraiment les choses : se rapprocher de qui, et sur quelles bases ? Avec la CGT, pourquoi pas ? Mais (2e aspect !), indiquons clairement les enjeux aux syndiqué-e-s pour en débattre à la base, dans la transparence, rompant ainsi avec les pratiques d’accords de sommet plus liés aux démarches d’appareils qu’aux véritables luttes.

- l’avenir du SNES dans la FSU : "plusieurs syndicats organisent les enseignants du seconde degré (…) peut-on aller plus loin et réfléchir à des évolutions de champs de syndicalisation". Là encore, dire vraiment les choses : la question d’un syndicat unique du 2nd degré dans la FSU au lieu de trois au quatre (SNES, SNUEP dans les LEP, SNEP pour l’EPS…). Là aussi, pourquoi pas ? Il serait utile de mettre fin à une structuration et un fonctionnement qui séparent les différentes catégories de personnels, exacerbent les divisions, entravant l’élaboration d’un projet éducatif cohérent. Mais là aussi, les enjeux doivent être explicitement posés pour avoir un vrai débat !

Dans ces deux cas, voici le fond de la question : quel syndicalisme veut-on ? Le choix nécessaire pour le SNES, c’est un syndicalisme favorisant une unité plus forte des personnels, à la base, tirant les leçons des pratiques démocratiques développées dans les AG de grévistes, coordinations et comités de grève… Et comme stratégie : une volonté de (ré)unification du syndicalisme passant par la prise en compte des expériences de luttes auto-organisées à la base, pour dépasser la division du salariat par la création d’une confédération unique des travailleurs, garantissant la démocratie en son sein (droit de tendance, limitation et rotation des mandats…).

Quentin Dauphiné (Émancipation)

3) Le syndicalisme de "connivences" a un prix

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L’incapacité à porter des réponses syndicales fortes face à la "crise financière" mondiale, au démantèlement des services publics en Europe, les ratés de l’unité syndicale face à l’invasion israélienne de Gaza, ne font que présenter la facture de choix syndicaux internationaux à courte vue dont la portée ne doit pas être sous-estimée. Les travailleurEs sont en train de payer des choix d’engagement de leurs syndicats aux côtés de pseudo-confédérations syndicales internationales comme la CES et la CSI (1).

Les discours, ces derniers temps plus distanciés par rapport au bilan de ces supra-bureaucraties - qui n’ont rien à envier au fonctionnement des institutions internationales avec lesquelles elles frayent - ne doivent pas faire oublier la responsabilité de la co-direction UA/EE du SNES dans le tournant radical des stratégies internationales de la FSU. Entamée sous de mauvais auspices avec un forçage de ses propres règles statutaires au Congrès de Marseille (67% des votes au lieu des 70% requis), l’adhésion à la CSI est toujours deux ans après en attente, pour "complément d’instruction", du bon vouloir de cette dernière.

Malgré les mises en garde des minoritaires, et l’opposition forte de plusieurs sections départementales dirigées par sa propre majorité, la direction UA/EE du SNES a aidé à la réussite de cette opération. La direction du SNES est encore plus déterminée dans ce sens avec la perte d’influence de sa « fenêtre » dans la CES - le CSEE (2)- fortement menacé par l’IE, Internationale de l’Education. Cf. le pré-rapport : "la question de l’adhésion de la FSU à la CES se pose si elle veut exister syndicalement en Europe".

Par ailleurs, les Forums sociaux - où la direction de la FSU continue de parader aux tribunes - et leurs réseaux investis par le syndicalisme européen d’accompagnement, ont de son propre aveu failli aux attentes : "Les réseaux qui devaient émerger des forum sociaux n’ont pas assez fait la preuve de leur efficacité".

Le congrès doit dénoncer les conséquences désastreuses de cette quête de "représentativité" à tout prix, qui a conduit à rentrer en France dans le piège du dialogue social, et exiger l’arrêt du processus d’engagement, direct ou indirect via différents groupements, dans la CES et la CSI.

Nicole Desautels (83)

(1) Confédération Européenne des Syndicats et Confédération Syndicale Internationale.
(2) Comité Syndical Européen de l’Education, dont le SNES est co-secrétaire, fortement concurrencé par l’IE renforcée par la création de la CSI.


4) Pour maintenir un syndicalisme de lutte, vivent la démocratie et le droit de tendance !

C’est connu : plus une organisation syndicale se détache du syndicalisme de lutte, plus la démocratie interne est affaiblie… ces deux aspects vont de pair.
Dans le SNES et la FSU, la démocratie syndicale prend notamment les formes suivantes : droit de tendance, fonctionnement correct des instances, mandatement. Sur tous ces plans, des améliorations profondes sont nécessaires.
Parlons du droit de tendance. C’est un droit statutaire. Encore faut-il qu’il ne soit ni formel, ni limité aux sommets du SNES, ni le paravent pour le partage et l’appropriation du pouvoir entre différents groupes, ni un faux-nez pour des sensibilités politiques extérieures à l’organisation syndicale.
Ainsi les tendances, comme tous les autres échelons du syndicat, doivent pouvoir fonctionner et s’exprimer publiquement devant les syndiqué-e-s. Par exemple : expression régulière dans la presse syndicale et pas une tribune une fois l’an ; moyens de fonctionnement (financiers notamment) égaux pour tous ; diffusion de l’information concernant les échéances internes (appel à candidature, rapport d’activité…) à tout le monde en même temps. De même, persistent dans le SNES des dispositions archaïques défavorables aux minorités, comme l’obligation d’un nombre important de candidat-e-s sur les listes (jusqu’à 70 dans certaines académies et 150 au niveau national), l’impossibilité de listes incomplètes…
Fonctionnement des instances ensuite : des décisions importantes qui concernent l’ensemble de nos collègues doivent être réellement débattues. Ainsi sur des questions comme le lycée, la signature des "points de convergence" sont du ressort de la CA nationale comprenant beaucoup plus de membres, et qui dispose de plus de temps pour débattre qu’un Bureau National.
Le mandatement est aussi un enjeu. Il pose de plus la question de l’attitude que notre syndicat doit avoir dans les instances de la FSU. Déjà, le respect desdites instances est un impératif. Cela n’a pas été le cas pour la signature de l’accord sur le dialogue social" en mai 2008, puisqu’un premier voté négatif du Conseil National de la FSU a été contourné… en le refaisant revoter. De même, quelle légitimité et pertinence à rencontrer Sarkozy le 20 janvier, sans informer le Conseil National de la FSU réuni le même jour, et ce à la veille de la grève du 29 ?
Il appartient aux syndiqué-e-s et au congrès de veiller à l’amélioration du fonctionnement démocratique de notre syndicalisme.

Quentin Dauphiné (Émancipation)

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