Laïcité

, par  Emancipation 83

Voici le texte sur la laïcité adopté au congrès. En gras et en italiques figurent les amendements d’Emancipation que les rapporteurs du texte ont intégré.
Emancipation propose de constituer des cadres unitaires de défense de la laïcité dans les départements, sous la forme d’observatoires de la laïcité.
Cela suscitait des désaccords. Après débat, cette proposition a été soumise au vote et adoptée.
Nous ne pouvons qu’approuver le fait que le SNES de l’académie de Nice puisse prendre des positions offensives sur cette question. Ce n’est pas le cas sur beaucoup d’autres points.

Le SNES confirme les mandats de son congrès de Toulouse . L’actualité conduit à s’exprimer sur quatre points :

1. Dans le monde, y compris en France, une offensive des religions vise à réclamer un traitement particulier des croyances qu’elles défendent. Cela se traduit par des demandes, y compris à l’ONU, de limiter la liberté d’expression, de critique concernant les religions et leurs symboles. Pour le SNES, il ne saurait y avoir de protections particulières pour ce qui touche aux religions.

2. La loi du 9 décembre 1905 proclame la liberté de conscience et garantit à chaque citoyen que ses convictions religieuses seront protégées et qu’il pourra exercer librement son culte. En contrepartie, elle organise la séparation des églises et de l’État. Or cette loi fondatrice est régulièrement contestée par ceux qui veulent introduire en France des logiques communautaristes ou qui s’en accommodent : volonté d’autoriser le financement public de lieux de culte, interventions directes de l’État dans des affaires religieuses, capitulation devant certaines exigences des religions, etc. Le SNES réaffirme son attachement à la loi de 1905 et s’oppose à sa remise en cause. Il est aujourd’hui indispensable de faire respecter strictement ces lois, et de revenir sur les dénaturations qui les ont affectées : la laïcité n’est pas seulement à défendre, mais aussi réaffirmer.

3) des volontés existent de renforcer le dualisme scolaire, par de nouveaux dispositifs favorisant le financement des écoles privées. C’est notamment le cas de l’article 89 de la loi de décentralisation visant à faire payer les communes pour des élèves scolariséEs dans une école privée en dehors de leur territoire. Le SNES est favorable à une démarche unitaire de la FSU avec celles et ceux qui s’opposent à cet article de loi et luttent contre son application (organisations laïques, municipalités). Il approuve la position de l’Association des Maires Ruraux qui appelle à ne pas respecter cet article. Si le recours juridique du CNAL contre cet article ne trouvait pas d’issue positive, le SNES sera favorable à une campagne unitaire pour l’abrogation de l’article 89.

De manière plus générale l’existence, de surcroît financée par des deniers publics, d’un service concurrent à l’École publique détruit la carte scolaire. Supprimer le principe de celle-ci, c’est généraliser la concurrence entre les établissements et institutionnaliser le clientélisme. C’est casser le principe même du Service public. Le SNES rappelle son refus du dualisme scolaire, et considère que les établissements privés ne peuvent prétendre à la réalisation des missions de service public : l’école laïque et publique est la seule à pouvoir véritablement le faire. Il considère que l’existence du secteur privé contribue à la remise en cause des services publics et des statuts, et ne s’intègre pas à un projet scolaire démocratique. Il se prononce donc pour :

-l’extension des missions du service public, dans la perspective d’un service public laïque unifié de la formation initiale et continue ;

-la nationalisation laïque de l’enseignement privé (confessionnel, patronal, à but lucratif, certaines structures associatives), sans indemnité ni rachat, avec intégration des personnels laïques dans la fonction publique, et dans l’immédiat qu’aucun financement public ne vienne alimenter le secteur privé ;

4) D’autres tentatives existent pour permettre le financement de la construction et de l’entretien de bâtiments publics (collèges, lycées) par des fonds privés grâce aux "contrats de partenariat public - privé", ainsi que le financement du fonctionnement des universités publiques par des fonds privés et les accords de partenariat universités publiques – écoles supérieures privées.

5. L’École est impliquée dans ce mouvement d’ensemble de multiplication et de diversification des manifestations « identitaires » dont celles d’appartenance religieuse. Ces manifestations sont loin de se limiter au port de signes religieux : contestations de cours, refus de la mixité, ordre moral imposé aux filles mais aussi aux garçons, banalisation de l’insulte ou de l’agression raciste ou antisémite se multiplient. De manière moins spectaculaire existent aussi les intrusions de communautés ou courants religieux dans les institutions et services publics. Face à des tentatives plus ou moins larvée d’intrusion de théories proches du créationnisme en France, le SNES réaffirme la nécessité d’un enseignement fondé sur le rationalisme, tout particulièrement dans les enseignements scientifiques. Dans le même ordre d’idées, il se prononce pour le renforcement de la législation actuelle en matières de lutte contre les sectes.

Au nom de la tolérance ou du respect de l’individu, du droit à la différence au profit de la différence des droits, la tentation existe de faire des compromis. Cela risque alors de conduire au développement d’une culture identitaire dans la société mais aussi dans l’École. S’il faut réaffirmer la nécessité du dialogue et de l’explication, il faut aussi réaffirmer qu’on ne peut négocier les principes de laïcité. Dans le même temps, le SNES n’ignore pas l’instrumentalisation actuelle qui est faite de toutes ces questions dans le but de stigmatiser une partie de la population. Il refuse de s’inscrire dans des manœuvres de ségrégation sociale qui au bout du compte, alimentent elles aussi les communautarismes.

La laïcité et les attaques dirigées contre elles, pour le SNES, posent donc la question du « vivre ensemble », liée à celle des droits sociaux. Les atteintes actuelles à la laïcité ont vocation à réhabiliter la présence active du religieux dans la sphère publique, autant pour y constituer un réseau de proximité de maintien de l’ordre que pour légitimer la mise en place d’associations caritatives dans le but de faire disparaître la solidarité institutionnelle. La communautarisation de la société devient ainsi le projet "social" de la globalisation économique. Le SNES ne saurait l’accepter : le communautarisme sépare les êtres humains, développant l’idée que chaque "communauté", dans chaque pays, devrait bénéficier de droits différents. En France, en Grande-Bretagne, il est question d’une loi contre "l’incitation à la haine religieuse". La FSU considère qu’une telle loi, loin d’enrayer le racisme, serait une arme aux mains des responsables religieux pour faire taire toute critique devenue "blasphème" et entraverait l’exigence de disparition des pratiques sexistes.

6. Le SNES s’oppose au sponsoring d’activités pédagogiques par des entreprises privées. En partenariat avec le Ministère de l’éducation nationale, le Medef développe une campagne pour diffuser « l’esprit d’entreprise », une morale, fondée sur les valeurs de compétition entre les individus, chacun étant invité à devenir l’entrepreneur de lui-même, c’est-à-dire engager toute sa personnalité au service de l’entreprise. Le SNES s’oppose à cette normalisation des esprits, particulièrement en SES, et revendique au contraire un enseignement de la citoyenneté fondé sur la solidarité et le jugement critique.

AMENDEMENT SOUMIS AU VOTE

Pour toutes ces raisons, le SNES est favorable à la mise en place de cadres unitaires sur le long terme permettant :

- de remettre à l’ordre du jour la défense de la laïcité dans l’opinion publique.

- de constituer un moyen d’information sur les attaques contre la laïcité, et d’impulsion de campagnes y compris au niveau local.

En ce sens il se prononce pour la création d’observatoires unitaires départementaux de la laïcité, fédérant tous les syndicats et toutes les composantes du mouvement laïque.

Amendement adopté par 31 Pour, 14 Contre, 27 Abstention.

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